Ce que j’aime profondément, ce sont nos montagnes. Elles ne sont peut-être pas les plus hautes, mais elles portent une force tranquille, une beauté brute qui se transforme à chaque saison. C’est cette capacité à changer tout en restant elles-mêmes qui me touche. Chaque tableau naturel est unique, chaque moment une promesse.
Au printemps, la vie renaît. Les prairies reverdissent et le vent se charge d’odeurs fraîches. L’été, les fenaisons font vibrer le plateau, avec ce parfum si caractéristique du foin chaud. L’automne pare les paysages de teintes dorées et ambrées. Et l’hiver, c’est un manteau blanc majestueux qui vient envelopper le silence. La montagne vit, respire, et moi avec elle.
Si je devais faire découvrir ma terre à quelqu’un, je l’emmènerais sans hésiter au Mézenc. Là-haut, on embrasse du regard tout ce qui fait notre identité : les plateaux Altiligérien et Ardéchois, baignés de lumière, avec en toile de fond les couchers de soleil parmi les plus intenses que j’aie vus. Ce lieu, c’est un résumé de notre pays : rude, grandiose, indomptable.
Pour moi, l’odeur qui incarne le plus mon pays, c’est sans doute celle de la cistre. Une plante simple mais forte, comme notre terroir. Elle raconte le lien à la terre, au soin qu’on porte à ce qui nous entoure. L’été, entre le chant des machines et les moments de partage des champs, l’odeur du foin me ramène à tout ce qui m’a construite.
Je suis fière d’être une fille de la montagne. Ici, certains parlent d’un « caractère rustique », voire « d’arriéré » (rires). Moi, j’y vois surtout un profond respect pour les traditions, une fidélité à ce que nos anciens nous ont transmis. Travailler la terre, s’y confronter chaque jour, ce n’est pas du passé : c’est une richesse que l’on porte en soi.
J’ai grandi avec ces gestes-là. Petite, j’aidais mon père, agriculteur, à déplacer les troupeaux. Ce sont des souvenirs simples, mais puissants. Ils m’ont appris la solidarité, le respect du vivant, et la fierté de contribuer à nourrir les autres. Car oui, nourrir les gens, c’est essentiel. Et c’est noble.
Je n’ai pas choisi de reprendre l’exploitation familiale, ce que fera mon frère, et j’en suis très fière. moi je veux prendre une autre voie : devenir institutrice. Parce que transmettre est, à mes yeux, une autre forme de culture. Enseigner, c’est faire vivre les valeurs de notre terre en les adaptant au monde d’aujourd’hui. C’est écouter les jeunes, comprendre leurs rêves, et leur parler aussi du monde d’avant, celui dont ils viennent, même sans le savoir.
Je crois que c’est en tissant des liens entre les générations que l’on peut avancer plus loin, plus juste. Le passé nous éclaire, le présent nous questionne, l’avenir nous appelle.

